Rêve et expérience de mort imminente (NDE) : des chercheurs établissent un lien
Rédigé par JC le 17 avril 2006 — Publié dans Conscience/rêves, Paranormal
Dans les années 1970 paraissait «La vie après la vie» de Raymond Moody, un livre grand public relatant des expériences de mort temporaire extraordinaires au cours desquelles les sujets disaient souvent revoir le fil de leur vie, passer dans un tunnel vers un environnement très lumineux, rencontrer des êtres déjà disparus, etc. Depuis, de nombreux autres ouvrages et documentaires ont traité de ce sujet, au point que ces EMI (ou NDE) font partie de la culture populaire où elles sont presque toujours interprétées comme une preuve de l’existence d’une «âme» et de sa survie à la mort du «corps physique».
Petite avancée dans ce secteur: des chercheurs viennent de découvrir que les personnes qui ont vécu ce type d’expérience seraient différentes des autres, c’est-à-dire qu’elles présenteraient plus fréquemment des désordres du cycle du sommeil et que, chez elles, la frontière entre le sommeil et l’éveil ne serait pas aussi claire. Les expériences de mort imminente ne seraient-elles donc qu’un rêve?
L’étude comparait deux groupes similaires (pour ce qui est de la distribution du sexe et de l’âge) de 55 sujets: les sujets du premier groupe déclaraient avoir vécu une expérience de mort imminente (accident grave avec impression d’être hors de son corps, sensation de paix, lumière intense, etc.), tandis que l’autre n’avait jamais eu ce type d’expérience. [Référence : People with Near Death Experiences Can Differ in Sleep-Wake Control par Kevin R. Nelson (Neurology 2006; 66:1003-1009), un article paru dans la section Views & Reviews de la revue Neurology de l’American Academy of Neurology (édition du 11 avril 2006). Voir le résumé.]
Principaux résultats: les chercheurs ont conclu que les personnes du premier groupe (avec EMI) «étaient plus susceptibles d’avoir un système sommeil-éveil dont les frontières entre le sommeil et l’éveil ne sont pas aussi clairement régulées». En outre, «l’état du sommeil avec MOC (mouvements oculaires rapides) peut s’immiscer dans la conscience éveillée normale».
Ces «intrusions» des phases MOC (appelées REM en anglais; aussi appelé sommeil paradoxal, voir l’article Sommeil de Wikipédia) dans l’état de veille se seraient déjà produites chez 60% des personnes qui ont vécu une expérience de mort imminente, alors que seulement 24% des sujets du second groupe déclaraient vivre de telles expériences (entendre un son imaginaire juste avant de s’endormir, paralysie du sommeil, soudaine faiblesse musculaire dans une jambe). Du point de vue statistique, cette différence sera très significative, c’est-à-dire que la chance qu’elle ne soit due qu’au hasard est inférieure à 0,1%.
La trouvaille est intéressante mais comment l’interpréter? Pour Kevin R. Nelson, neurologue et principal auteur de cette étude, «ces résultats suggèrent que l’intrusion de l’état MOC contribue aux expériences de mort imminente. Les personnes qui ont vécu des expériences de mort imminente pourraient avoir un système d’éveil qui les prédispose aux intrusions MOC».
Même si une personne convaincue du caractère illusoire des EMI pourra voir une confirmation de sa croyance dans les résultats de cette étude, le chercheur se garde bien d’établir un lien de causalité entre ces phases de «rêve éveillé» et les EMI (heureusement d’ailleurs car celle-ci ne permet pas de tirer des conclusions à ce sujet).
Dans le site MedPageToday.com, on trouve des résultats plus détaillés de cette recherche, en particulier que le critère le plus significatif pour distinguer les deux groupes de sujets était la présence d’hallucinations visuelles hypnagogiques (à l’endormissement) et hypnopompiques (au réveil); 42% des sujets avec EMI disent avoir déjà eu ce type d’expérience contre 7% chez les autres. (Ce type d’étude ne semble pas avoir été réalisé avec des voyants ou médiums (ceux qui disent «voir» dans l’avenir ou dans l’au-delà), mais il serait intéressant de savoir si eux aussi expérimentent plus souvent ces hallucinations visuelles à la frontière entre la veille et le sommeil.)
Pour ce qui est de la nature des EMI, deux écoles de pensées s’affrontent sur ce sujet fortement débattu: ceux qui affirment que ce phénomène est une preuve de l’existence et de la survie d’une conscience après la mort, et les sceptiques qui estiment que les expériences vécues lors des NDE peuvent s’expliquer par le délire d’un cerveau mourant en manque d’oxygène.
Dans le premier clan, on remarque Pim van Lommel (voir son article Near-death experience in survivors of cardiac arrest: a prospective study in the Netherlands et sa réponse aux critiques dans Preuves médicales des NDE) qui estime que 18% des patients ayant vécu une «mort clinique» disent avoir eu une EMI et que cette proportion devrait être plus élevée si elle était provoquée par un manque d’oxygène (anoxie) du cerveau. Dans le clan adverse, on peut notamment mentionner la parapsychologue Susan Blackmore qui a été la première à faire des liens entre les expériences caractéristiques des EMI (tunnel, lumière intense, etc.) et l’anoxie cérébrale (voir le bref portrait dans le site Outre-vie.com). Voir aussi Rêve et EMI : les journalistes veulent-ils vraiment vous informer?, un commentaire sur la présentation de cette étude par les médias sur le Web.
Un article à prendre très au sérieux au sujet des EMI et de ce qu'ils nous enseignent :